Découvrez l’article « Canicule : comment les crèches semi-plein air s’adaptent pour poursuivre l’accueil » des Pros de le petite enfance du 24 juin 2026.
Canicule : comment les crèches semi-plein air s’adaptent pour poursuivre l’accueil
Les températures flirtent avec les 40 degrés dans plusieurs régions françaises. Et pour les crèches semi-plein air, ces épisodes de chaleur extrême peuvent sembler incompatibles avec leur projet tourné vers l’extérieur. Pourtant, les professionnelles interrogées ne renoncent pas au dehors. Elles adaptent leurs pratiques et imaginent déjà les aménagements de demain.

La chaleur est écrasante sur toute la France. Dans ce contexte inédit, les crèches sont obligées de revoir leur fonctionnement, davantage encore celles qui passent la majorité de leur temps à l’extérieur. Mais toutes ces structures ne vivent pas la canicule de la même façon. Nous avons recueilli les témoignages de trois professionnelles : Valérie Roy au P’tit Jardin à Paris dans le 17e arrondissement de Paris, Mélanie Urvoys à la crèche semi-plein air Rigolo Comme La Vie à Châteaubourg et Claire Poulet-Saconnet à la crèche du Petit-Cîteaux à Dijon.
L’eau, cet allié de choix
Pour rafraîchir les tout-petits, les équipes misent avant tout sur l’eau. Au P’tit Jardin, halte-garderie semi-plein air parisienne, les équipes humidifient la pelouse en continu. « Quand on met de l’eau au sol, l’humidité remonte et apporte un peu de fraîcheur », explique Valérie Roy. Parmi les équipements les plus utilisés, il y a aussi le brumisateur : il fonctionne quasiment en continu pendant les épisodes de forte chaleur. Le dispositif est simple : un tuyau relié à un point d’eau, équipé de petites buses qui diffusent un fin brouillard d’eau dans les espaces de circulation et de jeu. Au P’tit Jardin, les brumisateurs sont fixés sur la canisse en bois et restent allumés toute la matinée. Les enfants passent, courent autour, s’aspergent et se rafraîchissent régulièrement. En cette période de canicule, les activités autour de l’eau occupent une place centrale dans le quotidien des enfants. « On ne sort pas les vélos, explique Claire Poulet-Saconnet. On évite les activités qui demandent beaucoup d’énergie aux enfants. »

Sortir le matin
Au P’tit Jardin les enfants passent leurs matinées à l’extérieur grâce aux arbres, aux tonnelles, aux jeux d’eau et à la pelouse régulièrement humidifiée. « On a de la chance d’avoir les deux platanes qui provoquent de l’ombre sur une grande partie de l’extérieur, souligne Valérie Roy. C’est tout à fait supportable la matinée. » La halte-garderie a même maintenu la fête de fin d’année qui s’est tenue le 23 juin dans la bonne humeur et la convivialité. Le spectacle a été organisé à l’extérieur, à proximité des brumisateurs et des jeux d’eau. Mais même à l’ombre la chaleur devient vite insoutenable, il faut alors limiter les sorties. « Jusqu’à présent, on pouvait rester toute la journée dehors, explique Claire Poulet-Saconnet de la crèche du Petit-Cîteaux.Mais maintenant, on ne passe que la matinée jusqu’au repas de midi. ».

Vingt minutes dehors, puis retour au frais
À Châteaubourg, Mélanie Urvoys a relevé hier matin encore 32°C sous le préau ouvert, là où ont lieu normalement les transmissions et de nombreuses activités. « Le matin, une grande partie du jardin est exposée au soleil. L’après-midi, il y a davantage d’ombre, mais la chaleur devient plus étouffante », résume-t-elle. Pas simple dans ces conditions d’organiser les sorties. « On essaie de limiter à une vingtaine de minutes, une demi-heure. Mais comme nous laissons les enfants libres d’entrer et de sortir, ils rentrent naturellement d’eux-mêmes au bout de ce laps de temps. » La directrice insiste sur la communication avec les enfants : « Hier, après le goûter, ils étaient très en demande de sortir. Nous leur avons expliqué qu’en ce moment, il fait chaud, que, nous aussi, nous sommes frustrés, que ce n’est pas évident. Mettre des mots sur tout cela est important. »
Repli à l’intérieur
Les heures les plus chaudes, et notamment l’après-midi, se déroulent donc à l’intérieur. Au P’tit Jardin, à Paris, comme à Châteaubourg, les enfants retrouvent un espace climatisé entre 24°C et 26 °C. L’objectif est d’offrir un peu de fraîcheur tout en évitant un écart de température trop brutal avec l’extérieur lors des allers-retours entre les deux espaces. Au Petit-Cîteaux, à Dijon, pas de climatisation. Mais les locaux restent légèrement plus frais que l’extérieur. « Dans les dortoirs, il va faire 27, 28 pour l’instant. Et dans la salle de vie, il va faire 30 », explique Claire Poulet-Saconnet. Située au rez-de-chaussée, la crèche est plutôt protégée de la chaleur.
Avec plus de temps passé à l’intérieur, l’équilibre habituel de la journée est bouleversé. Mélanie Urvoys reconnaît que ces adaptations « font un peu perdre l’organisation de la journée ». Mais c’est aussi l’occasion de valoriser des activités à l’intérieur. « Cette semaine, nous travaillons autour de la musique ». Par ailleurs, la directrice constate aussi que les mauvaises nuits liées à la chaleur modifient aussi l’ambiance du groupe. Elle évoque des enfants « un peu plus bruyants » et des matinées plus difficiles à organiser.
Penser les crèches de demain
Au-delà de la gestion quotidienne, ces épisodes de chaleur accélèrent une réflexion plus large sur l’aménagement extérieur des lieux d’accueil. Au P’tit Jardin, un futur revêtement en liège doit remplacer une ancienne surface synthétique. Plus absorbant, ce matériau permettra de mieux retenir l’eau utilisée pour humidifier les sols et limiter les flaques. Plusieurs aménagements sont également envisagés à Châteaubourg. La plantation d’un nouvel arbre est déjà programmée afin d’augmenter les surfaces ombragées à long terme. L’équipe réfléchit aussi à l’installation d’une voile d’ombrage pour protéger davantage le jardin le matin, lorsque près de 80 % de l’espace est exposé au soleil. « Il va falloir trouver des compromis pour l’avenir et se dire qu’on peut quand même faire des choses et profiter de l’extérieur sans avoir peur », conclut la directrice.


